Les intentions

Développé en 4 mois lors de la première année de Master au sein de l'Ecole Nationale des Jeux et Médias Interactifs Numériques (ENJMIN), « Avenue de l’École-de-Joinville » est inspiré des évènements du 22 Juin 2008, au Centre de Rétention Administrative (C.R.A.) de Vincennes, où les bâtiments ont été détruits par un incendie volontaire, déclenché au lendemain de la mort suspecte d’un retenu du centre.

La rétention administrative est définie de la manière suivante par le site vosdroits.service-public.fr :

« L’administration peut maintenir, pour une durée limitée, dans des locaux surveillés:

• les étrangers qui font l’objet d’une procédure d’éloignement ou d’une interdiction du territoire français,
• et qui ne peuvent pas quitter immédiatement la France.

C’est ce qu’on appelle la rétention administrative.

Elle a lieu dans des «centres» ou des «locaux» de rétention, surveillés par la police ou la gendarmerie nationale (ce ne sont pas des établissements pénitentiaires). »

Le fait que les C.R.A "ne [soient] pas des établissements pénitentiaires" est, pour nous, paradoxale. La réalité des faits semblant différente.

Les intentions d’ « Avenue de l’École-de-Joinville » sont donc multiples :

· Sensibiliser un plus grand nombre quant à la situation des C.R.A. en France.
· Montrer que les C.R.A. ne sont structurellement pas gérables pour satisfaire les conditions humaines de décences et de rétention.
· Réussir à utiliser l’interactivité du jeu vidéo pour sensibiliser le joueur sur un sujet important et sérieux, sans pour autant l’ennuyer.
· Plonger le joueur dans le doute à la fin de sa première partie, oscillant entre les sentiments de frustration et d’incompréhension.
· Arriver à ce que le joueur se questionne sur l’existence et le fonctionnement des C.R.A..

Les évènements du jeu (arrivées de nouveaux retenus, nouveaux objectifs d’expulsions) ont été volontairement réglés pour que le joueur échoue dans sa mission de gestion du C.R.A.. De ce fait, nous voulons montrer l’impossibilité de gérer le centre en respectant les trois valeurs simultanément : la tension des retenus, le budget alloué et les quotas à respecter.

Au vu des évènements du 22 Juin 2008 au C.R.A. de Vincennes, ainsi qu’au vu des différents témoignages lus dans la presse, en plus des rapports de la Cimade décrivant le fonctionnement dans les C.R.A. en France, il nous a semblé essentiel de retranscrire ce qui semble être une pression de plus en plus importante exercée sur les quotas d’expulsions, le nombre des arrestations et les budgets de fonctionnements des C.R.A.. Ces pressions se font au dépend des dossiers des retenus voir, parfois, du respect des lois et procédures en vigueur.

De ce fait, il n’y a pas de « victoire » possible dans « Avenue de l’École-de-Joinville ». Le C.R.A. finira systématiquement brûlé par les retenus car la tension sera arrivée à son maximum, témoignant de conditions de rétentions difficiles.

Le jeu a été primé lors du festival des E-Magiciens 2010 par le prix du Ministère de la Culture et de la Communication.